1 L'abstention, largement en tête
Marc Mattera (Modem). « L'enjeu de cette élection a échappé à beaucoup. On est en pleine réforme des collectivités territoriales, une réforme incompréhensible et inaudible et pas du tout adaptée au contexte de nos territoires ruraux. [...] On observe, et Jean Lassalle l'a bien dit, un divorce entre la classe politique et le peuple qui souffre. Il faut redonner un espoir au peuple et que les politiques recommencent à écouter leurs concitoyens. »
Jérôme Peyrat (UMP-CPNET). « La responsabilité de l'abstention est partagée. L'ensemble de la classe politique est responsable. [...] Je ne crois pas que les gens aient en tête la future réforme des collectivités territoriales. Ça, c'est un avis d'apparatchik de parti. [...] Les gens perçoivent que la Région c'est important, que ça dépense beaucoup d'argent, pas forcément bien, parfois mal et de façon incohérente. Mais qui sait qui est son conseiller ou sa conseillère régionale ? »
Michel Moyrand (PS). « Il n'y a pas eu de campagne nationale pour cette élection et c'est regrettable. Il y a aussi le problème de la souffrance des gens, de la déception des promesses non tenues, notamment par le président de la République. On a dit à des gens qui n'ont pas de travail ou qui ont un emploi précaire : "Si je suis président de la République, vous pourrez travailler plus et vous gagnerez plus". Les gens ont cru à cette promesse et il ne faut pas leur en faire le reproche. La séduction peut apparaître légitime. C'est après que la déception est grande. »
2 Les listes présentées au second tour
Jérôme Peyrat. « Notre liste n'a pas changé, c'est l'engagement que nous avions pris avec Xavier Darcos. Nous n'avons pas à tomber dans le spectacle lamentable que l'on a pu voir mardi dans toute la France (NDLR : allusion aus négociations d'entre-deux tours à gauche) et qui a des conséquences dramatiques en terme de représentation. [...] Peut-on concevoir une liste de gauche en Dordogne sans qu'aucun représentant du Parti communiste, avec le rôle historique qu'il a dans ce département, ne soit là ? Je ne vole au secours de personne mais il y a des gens dont il ne faut pas se moquer. »
Michel Moyrand. « C'est dans notre culture, à gauche, d'aller séparés aux élections. Chacun présente son programme et, au deuxième tour, il y a un accord républicain pour rassembler les forces de progrès. Mais c'est difficile, il ne faut pas le nier. [...] C'est une négociation régionale. Une seule liste du Front de gauche a eu des candidats en position éligible et c'est en Dordogne. Cette situation, ce n'est pas de la faute du Parti socialiste. »
Marc Mattera. « Le Parti socialiste a favorisé d'autres élus que ceux du Parti communiste. [...] Je remarque aussi que le NPA appelle à battre Xavier Darcos mais n'a pas appelé à voter pour Alain Rousset. Enfin, les électeurs d'Europe Écologie doivent être assez consternés de voir que leur tête de liste rejoint la liste PS alors qu'il y a un abîme entre Europe Écologie et le PS sur le projet de Ligne à grande vitesse, par exemple. C'est une salade qui contribue au désintérêt des électeurs par rapport aux politiques. »
3 Quelle politique pour les transports ?
Michel Moyrand. « Nous sommes en campagne électorale et les propos sont souvent excessifs comme cela vient d'être le cas. Nous travaillons depuis douze ans avec le Parti communiste et avec les Verts à la Région. C'est la même chose au Conseil municipal de Périgueux et au Conseil général. Et ça ne fonctionne pas si mal que ça. [...] Rassurez-vous, mes chers collègues, on arrivera à trouver des positions et on continuera sur la lancée de cette politique. »
Jérôme Peyrat. « On nous explique que la combine de M. Rousset a fonctionné et que donc elle fonctionnera. Mais ça reste une combine, une moquerie par rapport aux électeurs du premier tour qui se sont engagés de manière sincère face à des gens qui leur ont dit : "Nous n'accepterons pas la LGV, le Laser mégajoule, plus d'autoroutes, de désenclavements routiers comme la RN 21." Je serais heureux de savoir comment M. Moyrand et ses amis socialistes vont gérer la question cruciale de la RN21. ».
Michel Moyrand. « Concernant la LGV, Mme De Marco (NDLR : tête de liste régionale d'Europe Écologie) a dit, le soir des élections : "Les électeurs ont tranché." C'est quand même quelque chose de fort ! La LGV est absolument nécessaire pour la région pour aller plus vite et mettre plus de camions sur les trains. C'est ce que nous voulons faire. »
Jérôme Peyrat. « Oui, mais ils vont vous empêcher de le faire, à supposer que vous soyez élus. Quel est votre calendrier ? »
Michel Moyrand. « Pourquoi remettez-vous en cause les propos de Mme De Marco ? Elle a dit que les électeurs ont tranché. C'est clair, quand même ! Sur ce grand dossier, il nous reste à mettre tout en oeuvre pour protéger les paysages, les espèces et les habitants. Mais cette ligne, nous la ferons ! »
Marc Mattera. « Les écologistes, dans ces six dernières années, n'ont jamais ralenti les socialistes dans ce qu'ils voulaient faire. Jean Lassalle était avec les manifestants à Bayonne, je sais de quoi je parle. En session du Conseil régional, les écologistes n'ont jamais eu leur mot à dire. C'est pour cela que je dis aux électeurs d'Europe Écologie : "Ne votez pas PS car si c'est la majorité actuelle qui est reconduite, elle gérera sans se préoccuper le moins du monde de la présence des Verts." »
Michel Moyrand. « Sur la RN 21, M. Peyrat sait très bien que les grandes infrastructures routières ne sont pas de la compétence de la Région. La RN 21 est un vrai problème sur lequel on travaille. [...] La Région n'a pas les moyens financiers de s'investir dans une telle infrastructure. Il faut peut-être trouver d'autres solutions : une structure concédée, une 2x2 voies, il faut y réfléchir. Sur la LGV, plus vite cette structure sera mise en place, mieux ça ira. »
Jérôme Peyrat. « La Région a la compétence si elle le veut. Elle s'est déjà mêlée d'infrastructures routières et autoroutières. Il ne faut quand même pas se moquer du monde. »
Marc Mattera. « Nous souhaitons que la Région investisse sur RN 21 en 2x2 voies. Une délibération a désengagé la Région des infrastructures routières. Une autre
délibération peut très bien de nouveau l'engager. La LGV est le moyen de transport de demain mais il faut prendre en compte les désirs de nos concitoyens qui vivent sur le tracé. C'est pour cela
que nous avons proposé une agence de conciliation. »
4 La question des aéroports
Michel Moyrand. « Alors que nous avons deux aéroports en Dordogne, M. Peyrat nous propose de passer un partenariat avec celui de Brive. Mais qu'allons-nous devenir ? [...] C'est la mort des deux aéroports de Dordogne. »
Jérôme Peyrat. « Mais qu'est-ce que ça veut dire ? L'aéroport de Brive-Vallée de la Dordogne, c'est son nom, est construit et il ouvre en juin prochain. C'est une réalité pour les gens qui habitent Sarlat, Terrasson et une partie du Périgord noir. [...] Cela ne veut pas dire, car j'en ai marre de recevoir des leçons là-dessus, que nous défendons pas Périgueux, Bergerac et la ligne, et surtout les investissements qui sont à faire. »
Marc Mattera. « Nous allons concentrer nos efforts sur la ligne Bergerac-Périgueux-Paris parce qu'elle est indispensable pour les chefs d'entreprises. D'un autre côté, nous voulons que la Région participe au financement de l'aéroport de Bergerac qui accueille des compagnies à bas prix. Le Conseil régional n'a jamais voulu participer au fonctionnement mais seulement à l'investissement. Nous pensons que c'est indispensable, d'autant qu'il participe au développement de l'aéroport de Bordeaux. »
Michel Moyrand. « Je me suis occupé pendant six ans de tourisme en Aquitaine et je vous avoue que les explications troubles, ennuyées, embarrassées de Jérôme Peyrat sur cette histoire d'aéroport n'auront pas apporté un éclairage au débat sur la position de l'UMP. Permettez-moi de dire que ce n'est pas très sérieux. »
Version terroir, ce serait : à coeur vaillant rien d'impossible. Version Obama : « Yes we can ». Version rugby : « N'oubliez pas, il y a sept ans, l'équipe de France était menée par les All Blacks avec presque le même score que nous, 33 à 10. Et en deuxième mi-temps, nous avions remonté tout ça par une ribambelle d'essais. »
Lyrique, joueur, toujours la main sur le coeur, Jean Lassalle hier soir à Bergerac a dit « qu'il fallait s'aimer », « se parler », puis « voter ». Il a enthousiasmé un peu plus de 150 personnes dans la salle Jean-Barthe. Une salle chauffée par le tube de Kiss (« We're made for loving »), où il est entré, précédé par Marc Léturgie, conseiller municipal d'opposition Modem, Marc Mattera, tête de liste en Dordogne, et Patrick Bovillard, son homologue en Lot-et-Garonne.
« Nous allons gagner »
Le message est clair : « Qualifiés pour la finale, nous allons gagner. » Gagner contre Alain Rousset, traité de « favori aux pieds d'argile, qui reposent sur du sable », trop « techno » et déjà saisi par la tentation de Venise. Gagner devant Xavier Darcos, qui selon Jean Lassalle n'a plus de réserve de voix possible et ne peut ni avancer ni reculer. Gagner parce que, selon lui, malgré l'accord passé entre le PS et Europe Écologie, les électeurs verts ne suivront pas. Il compte en capter jusqu'à... 50 %. Gagner avec les 40 % des électeurs qui n'ont donc plus « leurs » favoris au second tour, avec le PC déçu du PS, les 51 % d'abstentionnistes. Bref, il faut voter parce qu'il en donnera envie, comme chez lui à Lourdios-Ichère (Pyrénées Atlantiques), où 92 % des électeurs ont voté. Et voté pour lui...
Marc Mattera, le patron du Modem en Dordogne, aurait bien sûr préféré faire un meilleur score que 7,13 % dimanche dans le département. « La Dordogne a
toujours été une terre de mission pour nous et ce résultat est quand même près de deux fois supérieur à notre moyenne nationale », tempère-t-il, tout en observant que les villes ont nettement
moins voté pour sa liste que les cantons ruraux du sud du département.
Aux côtés de Jean Lassalle, seule tête de liste régionale du parti de François Bayrou à figurer au second tour, il sera en tout cas en meeting ce soir, à 20 heures, salle Jean-Barthe à Bergerac. « Nous pensons vraiment que tout est possible pour ce second tour et qu'il n'y a aucune fatalité, estime Marc Mattera. N'oublions pas qu'une triangulaire remet tous les compteurs à zéro et qu'il suffit d'être en tête pour l'emporter. »
« Xavier Darcos n'a absolument aucune chance de gagner dimanche et il n'y a rien à attendre des socialistes, en particulier pour les écologistes qui seront une fois de plus trahis par ces alliés hégémoniques. Jean Lassalle et la liste que je conduis en Dordogne sont une vraie troisième voie pour tous ceux qui veulent du changement. »
Cette troisième voie, Marc Mattera la sait étroite, mais le candidat centriste se dit aussi persuadé que « notre choix de l'indépendance et l'humanisme profond de Jean Lassalle, très proche de nos concitoyens, peuvent vraiment faire la différence. »