Lors du meeting de l’UMP, le 11 mars, à Villepinte, Nicolas Sarkozy a déclaré :
« On ne peut pas laisser la gestion des flux migratoires aux seules mains des technocrates et tribunaux. Il faut une discipline commune dans les contrôles aux frontières. Il faut pouvoir sanctionner, suspendre ou exclure de Schengen un état défaillant. Si je devais constater que dans les douze mois qui viennent, il n’y avait aucun progrès sérieux dans cette direction, alors la France suspendrait sa participation aux accords de Schengen. »
De quoi s’agit-il ? Quelle est la crédibilité d’un tel ultimatum ?
En 1985, un accord intergouvernemental entre 5 pays européens dont la France, a organisé la libre circulation des personnes entre ces pays, liberté jusqu’alors réservée dans la Communauté européenne aux seuls travailleurs et à leurs familles. Cet accord a depuis été intégré dans le Traité de l’Union européenne et lie désormais 22 Etats membres. Il vise à accompagner la suppression des contrôles des personnes aux frontières communes d’un renforcement du contrôle des frontières extérieures de l’Union. Il s’agit aussi de développer la coopération dans le domaine de la circulation des personnes (Visa, immigration, asile) ainsi qu’en matière policière et judiciaire. Des contrôles temporaires peuvent cependant être rétablis pour des motifs de sécurité ou d’ordre public (notamment le trafic de drogues). Le bon fonctionnement d’un tel accord suppose une convergence sinon une harmonisation des politiques concernant l’immigration, légale ou illégale. Des progrès dans cette voie ont été réalisés, mais on n’est pas encore au bout du chemin. Il est vrai que la responsabilité des pays d’entrée dans l’espace Schengen est particulièrement lourde puisqu’un migrant une fois entré, peut s’y déplacer sans autre contrôle.
Les limites du système Schengen ont été testées récemment lors du « printemps arabe » qui a jeté sur les plages de l’île italienne de Lampedusa des bateaux entiers de réfugiés tunisiens auxquels les Autorités italiennes, débordées, ont délivré hâtivement des permis de séjour de 6 mois leur permettant de rejoindre légalement en France des membres de leur famille (réels ou supposés).
Depuis lors, des négociations sont en cours à Bruxelles pour revisiter le système Schengen, notamment pour permettre un prompt rétablissement des contrôles frontaliers à l’intérieur de l’Union en cas d’afflux de réfugiés.
Il est vrai que ces négociations sont laborieuses et délicates ; notamment parce que toute modification substantielle de l’accord supposerait une révision, certes possible mais toujours longue et hasardeuse du Traité de l’Union européenne.
Mais la suspension de la participation de la France au système Schengen, qui impliquerait le redéploiement, peu crédible, d’escouades de douaniers à nos frontières serait-elle de bonne méthode alors que la liberté de circuler est l’un des acquis fondamentaux de l’Union européenne ? A l’évidence, il serait plus prometteur, et plus coopératif, de renforcer le contrôle des frontières extérieures en en confiant la responsabilité à l’Union européenne et en en finançant la mise en œuvre sur le budget communautaire ; ce que préfigure déjà, mais de façon très modeste, l’agence de coopération douanière FRONTEX. Qui peut douter que le contrôle aujourd’hui défaillant de la frontière gréco-turque, par où passe l’essentiel de l’immigration illégale n’en serait amélioré de façon décisive ? Encore faudrait-il remplir deux conditions : être prêt à partager autant que nécessaire une part de souveraineté, et doter l’Union d’un budget à la hauteur de ses ambitions.
Jean-Paul Mingasson, conseiller municipal de Périgueux
François Bayrou est optimiste. "Heureux" même, confesse-t-il dans La France solidaire (Plon), son livre de campagne dont Le Point publie en exclusivité les bonnes feuilles. Le
centriste croit toujours en son destin. Un destin personnel qu'il mêlerait bien à celui de la France. Cette France malade de ses "fantômes" (qu'il nomme "mensonges d'État, démagogie,
chômage"...). Pour les éradiquer, le candidat du MoDem propose de changer de modèle. Dans sa France solidaire, le pouvoir serait honnête, l'État impartial, les valeurs de la France
(liberté, égalité, fraternité, laïcité...) respectées, et la fierté nationale modeste. L'ex-troisième homme de 2007 n'oublie pas ses deux concurrents, à qui il consacre des passages mordants. On
retrouve le Bayrou d'Abus de pouvoir (Plon), ce pamphlet sur Sarkozy écrit en 2009. Sauf qu'ici, Hollande n'est pas en reste.
EXTRAITS
"À chacun ses mots clés. Certains choisissent le changement. C'est un des mots les plus creux du vocabulaire politique. Un de ces mots qu'on appelle valise, sachant qu'on peut tout mettre à l'intérieur. Il m'est arrivé, à moi aussi, d'employer ce mot quand j'étais bien plus jeune. J'avais commencé la campagne de 2002 avec un beau slogan, La France humaine, que j'avais déployé sur les flancs du bus au colza avec lequel j'avais entrepris de faire campagne. Hélas ! Les Boeing d'al-Qaida frappèrent les tours jumelles, et la campagne perdit aussitôt son sens et son originalité. Alors, en désespoir de cause, j'écrivis sur mes affiches : Le changement. Le changement, c'est ce qu'on dit quand on n'a rien à dire, ou qu'on ne peut rien dire. Ou, pire, quand on ne veut rien dire, faute d'avoir une pensée cohérente, indépendante des sondages et de l'air du temps. Car le changement n'est rien en soi : des changements, il en est de bons et il en est de mauvais, et parfois de très mauvais.
D'autres choisissent La France forte. Ainsi ceux qui ont, ces dernières années, le plus affaibli notre pays et mis à mal ses valeurs se drapent dans l'invocation de son intégrité et de son rayonnement. Il y a plus de soixante ans, dans son grand roman visionnaire 1984, George Orwell inventait la novlangue. Une langue qui était faite pour que personne ne puisse décrire une autre réalité que celle que voulait imposer la police de la pensée. Les mots eux-mêmes servaient à dire le contraire de ce qu'ils cherchaient à signifier. La guerre, c'est la paix !, ou La liberté, c'est l'esclavage !, devaient scander tous les jours les habitants abêtis. Utiliser les mots pour signifier leur contraire : l'amputation de toute compréhension, la décérébration par la propagande. Ce qui a affaibli la France, c'est l'absence de lucidité, les directions erronées, la division des Français entre eux, la recherche perpétuelle de boucs émissaires. Tout cela a été pour notre pays régressif et agressif. Le style brutal pour, au bout du compte, ne rien faire, ou pas grand-chose. La mise en scène avec les grands de ce monde pour montrer combien l'on est grand soi-même. Tout cela, c'était le contraire de la France forte. Continuer avec les mêmes dans la même direction, c'est donc la ruine de notre force nationale.
Si l'on veut l'authentique force de la France, et si l'on veut un changement bienfaisant par rapport à la situation actuelle, alors il est une condition : refonder la solidarité de la nation et la placer au centre de son destin. [...]
On a entendu récemment deux déclarations particulièrement choquantes, venues d'un bord, mais qui auraient pu venir de l'autre. Recevant plusieurs centaines d'experts à la fin du mois de janvier, le candidat du PS leur a dit ceci : Je sais que beaucoup d'entre vous sont là pour les postes. Et ils ont raison, parce que des postes, il y en aura beaucoup... Et à la fin du mois de février : Ceux [des hauts fonctionnaires] qui sont liés au pouvoir actuel devront forcément laisser la place à d'autres.
C'est une corruption de l'esprit public, d'autant plus grave que l'opposition a, depuis des années, et à juste titre, et moi au premier rang, reproché à Nicolas Sarkozy de peupler la haute fonction publique de ses affidés et de ses obligés. Et pas seulement la haute fonction publique, mais aussi la haute fonction privée ! C'est justement une des raisons pour lesquelles les républicains de conviction ont refusé leur confiance, ont combattu à visage découvert ce régime d'arbitraire.
Je sais ce qu'on dit dans bien des milieux quand on aborde ces questions. On dit c'est comme ça partout, on dit c'est inévitable. Je prétends que la corruption des esprits n'est pas inévitable, et je prétends que l'État est plus fort si on le débarrasse de l'obligation d'allégeance et de soumission. Je veux des fonctionnaires libres, et parce qu'ils seront libres ils seront encouragés à être loyaux. La loyauté, ça commence par la confiance. C'est parce qu'il n'y a pas de confiance, et parce que ces moeurs règnent partout, que les échines deviennent souples et courbes, que la flagornerie isole les gouvernants, et qu'on ne voit partout que lèche et lâche.
[...] Tout ramener à l'affiliation à un parti ou à un courant de pensée, c'est faire injure à la liberté de pensée. Que le Parti socialiste affiche si ouvertement un sectarisme d'État, au moment même où il ambitionne le monopole de l'appareil d'État, il y a là une dérive que, je l'affirme, ni Jaurès, ni Blum, ni aucun des républicains qui ont fait la France n'aurait laissée passer sans vigoureux coups de pied au derrière des arrogants impétrants. Ces jeunes gens auraient eu du mal, par la suite, à s'asseoir."
PARIS — Le candidat centriste François Bayrou a jugé dimanche sur le Forum Radio J que le meeting géant du président sortant et candidat Nicolas Sarkozy à Villepinte, où sont attendus plus de 50.000 partisans, était "indécent" car il s'agit de "l'argent des Français".
"Dépenser autant de millions d'euros dans un pays qui est en crise (...), c'est un très mauvais signal envoyé à la société française", a affirmé le candidat MoDem. "Je pense que c'est choquant, que c'est indécent", a-t-il ajouté. "Il y a quelque chose de l'ordre de la provocation à l'égard des Français, le Parti socialiste a fait la même chose en janvier".
"Ces gens dépensent l'argent des Français sans précaution et sans pudeur", a-t-il ajouté. "Ils considèrent que pour une chose aussi vaine qu'un discours de campagne on peut dépenser carnet de chèque ouvert", a-t-il poursuivi. "Les sacrifices, les économies, c'est pour les autres".
"C'est une campagne comme on les faisait il y a 20 ans, à l'époque où l'argent coulait à flots dans la politique et à l'époque où l'on croyait que les démonstrations à l'américaine pouvaient changer le sentiment des Français", a-t-il encore ajouté.
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