Selon le site Euractiv.fr (février 2009), "le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation."
Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie…), d’autres sont plus généralistes. Sans soutenir officiellement un parti, beaucoup affichent une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Terra Nova, qui comprend notamment les principaux fondateurs de son devancier Les Gracques), annonce vouoir refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste.
Deux leaders du Mouvement Démocrate viennent de créer leurs clubs : Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Crréa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives). Corinne Lepage a annoncé le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif est de « proposer des actions concrètes, sur la base de l’observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence ».
Selon eux, les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l’écriture et l’émergence d’un projet de société qui soit véritablement nouveau.
Pourtant le MoDem ne les a jamais empêchés de s’exprimer, bien au contraire. Quel est alors l’apport de leurs clubs ? Pouvoir travailler avec des experts de la vie civile, qui refuseraient de dialoguer avec un parti ? Effectivement, un club de réflexion peut être... un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir.
Mais il n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.
Ces derniers temps, les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel. Une forme de « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti.
Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les Français, comme l’a proposé François Bayrou.
Et si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser dans le dialogue leurs idées convergentes... ensuite, comment traduiront-ils cette convergence sur la scène politique et dans les urnes ?
Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie
privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un
homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle.
En conclusion :
Les think tanks sont
utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.
Le dialogue public
entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé
par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au
nom des partis, leur rôle s’arrête là.
Un grand rassemblement
de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à
la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent. Pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles
idées, mais pour gagner ensemble des élections !
Article de Marie-Anne Kraft :
31 août 2010
31 août 2010
30 août 2010